La dernière victoire de Gilles Villeneuve

Les dates qui ont marqué la F1
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JTarJ
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La dernière victoire de Gilles Villeneuve

Message par JTarJ » sam. 03 févr. 2018 3:59

Originellement posté par mavico le 07/05/2010

Le 8 mai représente pour nous les Québecois fan de F1 une journée triste. Gilles Villeneuve, considéré par plusieurs comme un des pilotes les plus talentueux de l'histoire de la F1, perdait la vie aux qualifs de Zolder en Belgique le 8 mai 1982. Pour lui rendre hommage, voici un très bon texte qui raconte le récit de la dernière victoire de Gilles Villeneuve tel que raconté par un journaliste d’un magazine de F1.

Le québecois eut besoin de toute sa ruse pour arracher une victoire avec la Scuderia au Grand Prix d’Espagne 1981.

Tel un convoi fou, ils repassent une fois de plus le long des stands de Jarama, cinq voitures comme liées par un fil invisible. La locomotive de ce train…d’enfer est la Ferrari 126C de Gilles Villeneuve, dont le casque orange cuivré si distinctif ne cesse de dodeliner d’un coté et de l’autre de la voiture, alors que, dans ses rétroviseurs, la Ligier de Jacques Laffite se fait de plus en plus menaçante. Juste derrière eux se trouvent la McLaren de John Watson, la Williams de Carlos Reutman et Elio de Angelis dans une lotus. Le Grand Prix d’Espagne 1981 atteint son paroxysme.

Au loin, l’Alfa Romeo de Bruno Giacomelli s’accroche à sa 10e place. La meute poursuivante sent que son heure est venu, dernière chance de brouiller les cartes au moment de passer les attardés. Elles resserre son emprise sur le leader. (Laffite confiera plus tard que le museau de sa voiture était si proche de l’aileron arrière de son concurrent qu’il pouvait lire les cadrans des tableaux d’instrument de la Ferrari mieux que les siens!)

Le rusé Villeneuve est en tête depuis le 13ème tour (sur 80), après que la Williams du leader Alan Jones fut partie dans les graviers. Il n’a aucune intention de perdre le bénéfice de son avantage à ce stade des événements. Il lève le pied imperceptiblement, Giacomelli reste donc dans le même tour, totalement inconscient de ce qui se joue dans son dos.

Après 15 tours de pression constante, Villeneuve relance son moteur tant qu’il peut dans le Virage del Tunel, le dernier virage. Derrière lui, on en fait de même. Les cinq voitures se tiennent en 1''23 mais les positions restent inchangées. Le québecois a eu gain de cause.

Jamais depuis «l’enfilade» de Monza en 1971, où la BRM de Peter Gethin termina devant une meute de cinq autres voitures regroupées en à peine une demi-seconde, un Grand Prix n’avait été si disputé.

La nature sinueuse du circuit a joué en faveur de Villeneuve. Cette saison, Ferrari a emboîté le pas de Renault dans les eaux inexplorées des moteurs turbo, et la Scuderia semble avoir «pigé le truc». Son V6, avec ses deux turbos KKK, est né pour gagner. Le lignage de son châssis, toutefois, tient plus de la bête de trait que du Cheval Cabré. En ligne droite, la 126C est diaboliquement rapide, mais elle semble se traîner dès qu’approche un virage. Sur les nombreuses courbes de Jarama, ils fondent tous sur Villeneuve, mais sur les rares lignes droites, celui-ci s’envole avec insolence, la Ferrari faisant parler toute sa puissance…..jusqu’au virage suivant. Passé consultant TV depuis sa retraite en 1979, l’ex-champion du monde James Hunt s’amuse à comparer la Ferrari à une «chicane mobile». C’est assez bien trouvé…

Ce sera là la dernière victoire de Gilles Villeneuve. L’année suivante, il succombera dans un terrible accident pendant les essais du Grand Prix de Belgique à Zolder. Aujourd’hui encore, on s’étonne que le «petit homme» au sourire espiègle n’ait gagné que six courses en autant d’années de présence dans la catégorie reine. Sa façon de mordre la vie à pleine dents - sur comme en dehors de la piste – ne lui en offrira pas moins une place à part au panthéon de la Formule 1 habituellement réservé aux champions du monde. Il nous manque.

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