François Cevert

Ici on parle des pilotes de F1, des vrais, ceux qui avaient du poûal et de la moustache
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JTarJ
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François Cevert

Message par JTarJ » sam. 10 févr. 2018 4:15

Originellement posté par Moux le 08/11/2007 dans le topic "Hall of Fame"

François Cevert (1944-1973)
Le Destin d'un Prince

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    Cevert à Paul Ricard en 1973

"Ce garçon n’atteindra jamais sa trentième année" avait prédit une voyante à l’amie de François Cevert, Nanou van Malderen, dont le regard se pétrifia sur la date affichée au calendrier mural : 29/06/1966. Cet événement qui devait se vérifier, ajouté à l’ensemble d’une carrière et d’une vie extraordinaires, font de François Cevert un être à part.
Il est notre James Dean à nous, emporté comme l’idole par ce qu’il aimait le plus, les autos.


Aussi loin que porte la mémoire dans la famille Goldenberg (François porte le nom de sa mère, héritage de la guerre), on se souvient de François passionné de voitures ; les miniatures qu’il fait rouler d’abord sur le parquet ciré de la maison de l’avenue Jean-Mermoz de Neuilly, la Dauphine 1093 ensuite que le joaillier de père permet à son fils de 16 ans de conduire au bois de Boulogne.


L’adolescent monte en graine et donne l’image d’un beau jeune homme au charme ravageur et sympathique à la fois.
Souvent flanqué de sa sœur Jacqueline qui monte à l’arrière de la Vespa reçue en cadeau d’anniversaire, François connaît ses premières émotions mécaniques à Montlhéry où il assiste aux courses. Une Morini puis une Norton 500 remplacent le scooter.


En cachette de son père qui désapprouve cette passion croissante, François s’aligne à Montlhéry dans ce qui sera sa seule course de moto. Il est sixième quand il abandonne, moteur cassé. Jean-Pierre Beltoise le remarque, lui lâche un compliment qui va droit au but. On est en 1962.


Ses débuts en compétition automobile en 1964 sont entravés par son père qui use de son influence auprès du président de l’AGACI, Maurice Mestivier, un ami, pour que François ne soit pas admis à concourir à la Coupe des provinces lancée par Sport-Auto et Europe 1. Puis le service militaire inscrit une nouvelle période d’attente.


1966 est l’année où les choses avancent enfin. Son amie Nanou lui suggère de s’inscrire à l’école de pilotage Winfield de Magny-Cours ; bien lui en prend, François décroche le volant devant Patrick Depailler, pourtant soutenu par Beltoise (le traître a également un œil sur Jacqueline qu’il épousera au début de 1968).


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Le gain consiste en une Alpine F3 pas toute jeune et une aide minimale pour l’engager au championnat de France 1967. Cette dure saison voit le pilote et sa sœur ramer pour amener l’auto à chaque départ, entre le veto du père, le manque chronique d’argent qui conduit parfois à l’extrême débrouillardise, et l’inexpérience du jeune homme. Il est deux fois quatrième et marque ses premiers points au championnat.


A l’aise en relations publiques, François obtient l’appui de Sicli en 1968 qui lui finance une Tecno F3. En attendant une livraison qui tarde, désœuvré, il accepte le poste de vendeur de voitures que Jean Rédelé, le patron d’Alpine, lui propose. Ses talents ne vont pas forcément au commerce ainsi qu’en témoigne un de ses rares clients, Gérard Crombac : "La seule Alpine que François ait réussi à caser, c’est à moi qu’il l’a vendue. Ni très neuve ni très brillante."


La Tecno est enfin prête le 6 mai 1968. François gagne sa première course le 12 mai 1968 à Montlhéry, sur une voiture pas même dégrossie. Les journaux parleront pourtant d’autre chose le lendemain ; il paraît qu’éclate une révolution sociale.


Cevert voit alors tomber les barrières devant lui. Son père s’incline devant sa détermination et ses premiers succès à La Châtre, à Jarama. Il gagne des prix et l’argent rentre. Un moment en tête à Silverstone - l’Angleterre est un sanctuaire inviolé par des Français depuis la victoire de Jean Behra en 1959 -, François est désigné comme The french rising star par le magazine Autosport. Il est sacré champion de France de F3 1968.


Appuyé par Shell, il monte en F2 en 1969. Une équipe Tecno est formée autour de François et de Nanni Galli. De cette saison moins éclatante que la précédente ressort un coup d’éclat qui le porte au firmament de la hiérarchie des pilotes français : une victoire à Reims où il règle Jackie Stewart et Piers Courage au jeu de l’aspiration dans la dernière ligne droite. Il termine troisième le championnat de France F1-F2, derrière Beltoise et Servoz-Gavin.


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Podium du GP de France 1969 avec Jackie Stewart (à gauche) et François Cevert


Le retrait de ce dernier au début de la saison 1970 profite à Cevert, dont François Guiter et d’autres encore parlent en bien à Ken Tyrrell. Pas chaud d’entrée, le bûcheron se laisse ensuite séduire et François débute en F1 sur une March 701 au Grand Prix de Hollande. Parallèlement impliqué en F2 avec Motul et en Sport avec Elf sur Matra, il est second au Castellet et premier à Mantorp Park sur la Tecno F2, arrache la victoire aux 1000 km de Paris sur la Matra 660, mais surtout convainc en F1 où il enlève à Monza son premier point.
Il finit troisième au championnat de France F1-F2, derrière Pescarolo et Beltoise.


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Cevert à Sebring en 1970


1971 voit enfin un pilote tricolore gagner un Grand Prix de Formule un. En franchissant la ligne d’arrivée le 3 octobre 1971 à Watkins Glen, François Cevert met fin à treize ans d’insuccès français depuis la victoire de Trintignant à Monaco en 1958. Il accomplit une jolie saison riche de quatre podiums en F1 qui pourtant le laisse insatisfait car il échoue derrière Peterson au championnat d’Europe F2 où ses trois victoires sont insuffisantes à barrer la route du titre au Suédois.


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Respectivement, Cevert au GP d'Espagne, des Pays-Bas, d'Allemagne et des U.S.A. en 1971 puis départ des GP d'Espagne et d'Allemagne en 1973


Mettant à profit sa notoriété internationale, François Cevert participe à la CanAm en 1972. Il y remporte l’épreuve de Donnybrooke sur une McLaren de l’an passé, la seule victoire de cette saison en demi-teinte qui le voit moins percutant qu’à l’accoutumée. Il n’est que 6e au championnat du monde des conducteurs avec trois podiums ; l’absence partielle de Stewart et des problèmes sentimentaux l’expliquent en partie.


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Un programme chargé l’attend en 1973 ; outre la F1 avec Tyrrell, il fait partie de l’équipe Matra qui affronte Ferrari en Sport. Même si la victoire s’y dérobe jusqu’au bout et n’accorde sa grâce qu’à l’équipage Pescarolo-Larrousse, Cevert est le plus vite de l’équipe. Il gagne néanmoins le Grand Prix de Pau de F2 sur une Elf 2.

Sur la Tyrrell 006 d’une écurie remise des déboires de l’an passé, François se montre irrésistible dans les Grands Prix. Signant six deuxièmes places, un record alors, il s’impose doucement au fil de la saison comme l’égal de Stewart et donne l’impression que seul le respect qu’il voue à l’Ecossais l’empêche de le dépasser.

Puis la chance tourne. Il y a d’abord un accrochage avec Merzario au GP d’Autriche puis la grave sortie de route à laquelle l’inexpérimenté Scheckter l’accule au Canada. François est blessé aux jambes. Comme si la chance reprenait le sac à malices qu’elle lui avait prêté et s’en allait jouer ailleurs.

Il est rétabli à Watkins Glen. Il a même la pêche. Il y fait froid mais beau. Les arbres ont cette couleur dorée qu’on adore. Samedi matin, François regarde son mécanicien Jo Ramirez préparer sa voiture et lui lance : "Tu vas voir le temps que je vais leur mettre ! As-tu remarqué que je pilote la Tyrrell 006, numéro 6, moteur 66, nous sommes le 6 octobre ! C’est mon jour !"
C’était le sien. Il aurait disputé le lendemain la dernière course avant son trentième anniversaire.


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Respectivement, Cevert au GP de Monaco, d'Italie et des Pays-Bas (avec Stewart) en 1973


Regrets éternels

"Le beau François avait tous les talents. Il plaisait aux femmes : Brigitte Bardot, Alexandra Stewart, et tant d'autres. Il fallait épouser Christina de Camaran, la fille du Duc John de Camaran et de Lady Macklin, sœur de Lance Macklin, un pilote de F1 des années 50. Il était charmant cultivé, curieux de tout, athlétique, jouait admirablement du piano. Et surtout, il aurait dû devenir le premier Champion du monde français. Mieux encore : dominer la F1 de la décennie 70. Chez Tyrell, Stewart le couvait comme un grand frère et l'avait designé pour successeur. Jackie l'a reconnu plus tard : en 1973, François allait plus vite que lui. Mais Cevert avait infiniment de respecter envers son aîné, qui lui avait beaucoup appris. Alors, en plusieurs occasions, il l'a suivi, sans chercher à le doubler. En fait, François attendait son heure. Il y avait comme un pacte tacite entre eux. Exactement comme entre Fangio et Moss en 1955 chez Mercedes, ou Andretti et Peterson en 1978 chez Lotus. Décidemment, il semble écrit que ce genre de pacte ne fonctionne jamais... Tout était pourtant prévu. Stewart, sacré Champion du monde pour la troisième fois, devait se retirer au terme de la dernière course de la saison 1973, aux États-Unis, course qui aurait été le 100ème Grand Prix. François s'était tué la veille, aux essais, à 29 ans, dans une courbe rapide. En 1974, Jody Scheckter a pris la 3ème place du championnat sur Tyrell, à dix points seulement d'Emerson Fittipaldi, Jody était un quasi-débutant en F1. Imaginez où François aurait porté sa Tyrell, cette année-là..."


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Palmarès
  • Vainqueur du Volant Shell (1966)
  • Champion de France de Formule 3 (1968)
  • Championnat d'Europe de Formule 2 : 3e (1969)
  • En Formule 1 :
    • - 47 Grands Prix
      - 1 victoire (Grand Prix des États-Unis 1971)
      - 10 places de second
      - Pas de titre de champion (3e en 1971, 7e en 1972, 4e en 1973)
  • 2e aux 24 heures du Mans 1972
  • Vainqueur à Donnybrooke (Can-Am, 1972)

Vidéos : Source :
  • memoiresdestands.hautetfort.com
  • f1-photo.com
  • wikipédia
  • F1i Magazine

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